Dalí, le dernier grand œuvre par les scénaristes

Montse Aguer

Visiter le Théâtre-Musée Dalí de Figueres, c'est s'immerger dans l'univers de Dalí, dans l'évolution et la compréhension de son œuvre mais aussi de l'histoire de l'art, à laquelle il fait constamment référence dans un immense respect de la tradition. C'est s'aventurer au cœur d'un labyrinthe dépourvu d'ordre chronologique, où les interprétations foisonnent car, comme Dalí le disait lui-même, le sens de bon nombre de ses œuvres lui restait obscur. C'est devenir spectateur actif, acteur d'un acte de création, à la fois pérenne et éphémère. C'est accéder à la possibilité de personnaliser l'expérience intellectuelle et/ou le moment de loisir culturel que représente la plongée dans l'espace muséal, pour finir de donner sens à l'œuvre, son sens par excellence.
La Fondation Gala-Salvador Dalí a tenu à rendre cet espace, ce théâtre de la mémoire, accessible au plus grand nombre et ce, avec ambition, en s'attachant à montrer une façon de concevoir l'art et la création plutôt que de s'en tenir à l'explication d'une œuvre.
Nous avons souhaité, avec ce documentaire, évoquer Dalí, son œuvre, sa pensée, son personnage, mais aussi la dernière grande création de l'artiste : le Théâtre-Musée Dalí. Un lieu où il a projeté tout son univers, auquel il a consacré tous ses efforts et qui synthétise une vie entière consacrée à l'art.

David Pujol

Théâtre de la mémoire, architecture pour rêver, monde des illusions d'optique, "musée impérialiste et surréaliste" selon les propres mots de Dalí... Autant de concepts qui surgissaient continuellement tandis que nous travaillions sur le scénario du documentaire avec Montse Aguer. L'un des principaux défis consistait donc à réussir à saisir visuellement l'espace caractérisé par ces définitions. La tache ne fut pas simple car, une fois à l'intérieur, on aurait dit que les œuvres prenaient vie à la faveur des reflets du soleil et des jeux de lumière qui changent d'un instant à l'autre. Le Théâtre-Musée est peuplé de pièges visuels et ce n'est qu'après l'échec des premières prises que nous avons compris que Dalí, depuis l'au-delà, continuait de jouer avec nous. L'héritage visuel qu'il nous a légué est constamment mouvant. Rien n'y est stable. Sous les lumières changeantes, les œuvres se mêlent et, si on les observe durant plusieurs minutes, on en arriverait presque à penser qu'elles nous invitent au chaos et au trouble dans la contemplation. Pour la première fois, nous avons filmé les œuvres du Musée Dalí en nous laissant porter par l'apesanteur créative dont l'artiste lui-même nous a fait don dans ce Théâtre-Musée. Le documentaire est ponctué d'interventions de Dalí, de Montse Aguer et du peintre Antoni Pitxot, ami intime de l'artiste et directeur du Théâtre-Musée. Dans une parfaite harmonie, ces trois paroles nous révèlent certains des secrets de la dernière grande œuvre de Dalí : son musée.